Il y a en ce moment sur les écrans français deux films, l'un américain, l'autre japonais, traitant d'un thème central assez proche qui est celui de la famille ayant vécu un évènement dramatique avec la disparition de l'un de ses membres. En l'occurrence ici dans les deux cas le fils.
Jonathan Demme, chacun s'en souvient, c'est le réalisateur du Silence des agneaux, de Philadelphia et de Un crime dans la tête, entre autres. Kore-Eda Hirokazu, plus jeune que Jonathan Demme, est l'auteur de quelques films, certains étant sortis sur nos écrans, dont le très remarqué Nobody Knows, en 2004 (prix d'interprétation masculine à Cannes).
Rachel se marie de Jonathan Demme, c'est l'histoire d'une jeune fille, à la fois exaspérante et touchante, qui a une permission de son centre de désintoxication pour assister au mariage de sa soeur, Rachel. Cette jeune fille porte en elle le décès de son jeune frère s'étant noyé sous sa responsabilité quelques années auparavant; décès qui a provoqué un gros pathos au sein de la famille.
Still walking de Kore-Eda Hirokazu, c'est un sujet assez proche, avec une famille portant en son sein le décès par noyade du frère ainé, famille japonaise totalement perturbée par cette disparition, eu égard aux traditions et conventions ainsi qu'à la personnalité des parents.
Un thème assez proche, deux cultures différentes, deux approches aux antipodes. Alors que Rachel se marie aborde le sujet façon caméra subjective à la Dogma pour mieux visuellement dramatiser son récit et en procédant par grosses crises et ruptures de rythme très nets, Still walking quant à lui pose un climat et un rythme uniformes pour mieux révéler tout le pathos en filigrane tout au long du récit qui se déroule.
Jonathan Demme est très manichéen et plutôt simpliste dans son approche du sujet et l'appréhension de ses personnages qui sont trop caricaturaux, tandis que Kore-Eda Hirokazu est au contraire très analytique et extrêmement subtil dans son approche du problème, de la psychologie de ses personnages et du contexte familial et traditionnel.
Un film comme l'extraordinaire Festen de Thomas Vinterberg, percutant, violent, profond, très subtil dans son approche du pathos familial et surtout extrêmement bien filmé et monté, renvoie à sa vanité le film de Jonathan Demme qui pose un problème et fait le spectacle sans jamais aller ni au bout de la logique ni au fond du problème.
Le film de Kore-Eda Hirokazu, quant à lui, ne cherche pas à exacerber le problème et ses ramifications par pure vanité, il pose un climat très prégnant qui conditionne, voir contamine chaque mot, chaque geste, chaque regard et c'est à travers ces signes plus ou moins patents que le spectateur appréhende toute la profondeur et la densité du pathos de cette famille japonaise.
Même si Still walking ne parvient pas, à mon avis, au niveau du magnifique Nobody Knows, il n'en reste pas moins un très bon film par sa capacité à analyser son sujet et révéler son discours avec beaucoup de subtilité, aidé en cela par de très beaux plans, une belle lumière, une magnifique image et une interprétation en tous points remarquable.
Et même si le Jonathan Demme n'est pas de ce niveau et de cette subtilité (loin s'en faut !), il n'en reste pas moins intéressant à certains égards, notamment avec une excellente interprétation.
Pour tous ceux enfin que le sujet intéressent, il est bien sûr absolument indispensable de voir ce film remarquable, extraordinaire et inoubliable qu'est le Festen de Thomas Vinterberg !!